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EX-LIBRIS

 

Mars, avec ses caprices d’ombres et de lumière, de pluie et d’averses, a décidé pour moi de l’univers que j’allais photographier.  Quand il a été question de réaliser ces clichés pour la quatrième édition du Quartier du livre, j’ai scruté la météo toute la semaine pour en définitive m’abandonner aux trouées lumineuses que me concédait le temps. Je ne suis sorti que deux jours finalement et j’ai capturé les formes dans une sorte d’urgence qu’étrangement la solennité et la beauté du lieu ont fini par abolir. Tout m’est soudain apparu évident et comme en place au sein des perspectives éternelles et des dédales pavés de légendes. L’Histoire du Quartier a ainsi contribué à assagir la fièvre initiale de ma démarche. Le palimpseste des pierres et des rues, telles les tranches d’un livre ou les rayonnages d’une bibliothèque, sont devenus des invites au silence. Mes lèvres restaient scellées et mes yeux grands ouverts : alors seulement  le secret du quartier a pu tomber dans l’objectif. Les moments de franche lumière, auxquels succédaient les averses, ont été le métronome de ces moments à arpenter l’arrondissement pour débusquer l’image rare à la faveur d’un mur séculaire, d’une porte cochère, ou encore d’un bistrot. Les éléments autant que les pierres parisiennes devenaient mes sources d’inspiration :  la pluie, le ciel, le vent, le froid, le gris. Cette matière brute est actrice des clichés. Elle en est toute la tessiture sans doute un peu âpre. Mais ce qui s’est révélé le plus  difficile pour le parisien que je suis, a été de photographier ma propre ville. Comment ne pas tomber dans l’écueil redoutable du cliché et se laisser surprendre, surprise sans laquelle aucune grâce n’émane d’une photographie ?  Pour ne pas être pris au piège de la routine, je choisis  d’ordinaire les voyages afin que les lieux m’obligent à un regard neuf. Or, dans cette entreprise, mes aprioris ont vite disparu : le Quartier Latin  est une Tour de Babel que l’on n’a jamais fini d’interroger, des lieux qui nous sondent plus encore que nous avons l’illusion de les percer. Les bibliothèques, les librairies, la Sorbonne, le Panthéon, les églises m’ont lu plus encore que je ne suis parvenu à les lires. Aussi, est-ce cet abandon de moi-même  - sous couvert de maîtrise -, cet abandon du simple photographe que je suis à ce qui est si grand, que j’expose en la Marie du Ve arrondissement de Paris avec bonheur et…surprise.  

 

Marco Castilla.

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